
Anne Barrère et Stéphanie Rubi, membres du jury de thèse d’Alicia Zarb intitulée « Jeunesses en migration. Dans le tumulte de l’orientation scolaire, des relations sociales pour s’en sortir?« , réalisée sous la direction de Maïtena Armagnague. La soutenance aura lieu le 25 juin à 13h30 à l’Université de Genève, salle M1130 (bâtiment Unimail, 1er étage, bloc 1). La soutenance sera suivie d’un pot auquel vous êtes conviés. Un lien visio est également disponible, n’hésitez pas à m’écrire si vous souhaitez suivre la soutenance à distance (zarbalicia@gmail.com).
Le jury est composé de :
- ARMAGNAGUE Maïtena, Professeure à l’Université de Genève (SSED/FPSE)
- BARRÈRE Anne, Professeure à l’Université Paris Cité
- GROSSETTI Michel, Directeur de recherche au CNRS
- MOIGNARD Benjamin, Professeur à l’Université Paris Cergy (CY)
- MULLER MIRZA Nathalie, Professeure à l’Université de Genève (SSED/FPSE)
- RUBI Stéphanie, Professeure à l’Université Paris Cité
- SCHIFF Claire, Maîtresse de conférence à l’Université de Bordeaux
Résumé de la thèse :
À partir d’une enquête longitudinale de trois années, cette thèse analyse les conditions de développement de liens sociaux de jeunes en situation migratoire scolarisés en dispositif UPE2A (unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) au sein de quartiers populaires lors de leur arrivée en France. Dans le contexte de l’orientation scolaire post-troisième, elle vise à saisir l’efficacité des liens développés par ces jeunes au regard de la tension entre enjeux de participation aux groupes de pairs et objectif de mobilité sociale.
Avec l’appui de la sociologie interactionniste et des travaux d‘analyse des réseaux, ce travail fait le constat de la difficulté pour les jeunes nouvellement arrivés de sortir de la position d’outsider, au sens interactionniste du terme, liée au contexte migratoire : indisponibilité relationnelle, forte altérité, réseaux personnels parfois quasi-vierges dans un contexte d’interconnaissance forte. Ce constat est établi en mettant en perspective ces sociabilités juvéniles avec les réponses institutionnelles apportées : scolarisation sous des modalités spécifiques et étiquetage afférent. Dans ce contexte, sur les trois années d’enquête, les jeunes ont développé des réseaux peu étendus et avec peu de liens forts qui sont principalement noués avec des jeunes également en situation migratoire. Si l’espace scolaire apparaît comme premier réservoir de pairs, insuffisant à la fois pour développer des liens avec des jeunes du système « ordinaire » et pour permettre à ces liens de devenir forts. Or, l’espace extra-scolaire, s’il est investi, ce qui est peu le cas au début, l’est en dehors des dynamiques du quartier, qui est évité. Ainsi, dans les premiers temps qui suivent leur arrivée, les jeunes construisent leurs sociabilités en marge totale : loin des jeunes natifs qui composent leur environnement juvénile et sans lien avec la société majoritaire. C’est seulement à la fin des trois années d’enquête que des premiers liens sont apparus avec des jeunes natifs les plus proches des logiques de la société majoritaire parmi leur environnement juvénile. Ce dernier participe à façonner la manière dont les jeunes en situation migratoire se projettent dans le système scolaire et sur le marché du travail. En ce sens, l’accès aux pairs natifs dont on suppose une meilleure maîtrise du système éducatif apparaît déterminant dans le rapport des jeunes en situation migratoire à leur orientation. La mise en place d’entraides dépend de la composition des réseaux personnels. Ainsi, la migration, en même temps qu’elle augmente le besoin d’aide pour s’approprier la procédure d’orientation, diminue les opportunités de cette aide en amoindrissant les réseaux des jeunes sur un temps durable.
