ANR Claspop

ANR ANR-GUI-AAP-06 – « Le « populaire » aujourd’hui. Les recompositions sociales et culturelles des mondes ouvriers et employés contemporains »

Projet débuté en 2014 et achevé en 2018. Coordinateur : MASCLET Olivier

Alors que les thèmes de la fin des classes, de la disparition des ouvriers et de la « moyennisation » des sociétés européennes et nord-américaines ont connu une forte diffusion au cours des années 1980-1990, on assiste depuis la fin des années 1990 à un « retour des classes sociales » et notamment du « populaire ». Ce nouvel intérêt renvoie au creusement des inégalités, au net décrochage des catégories les moins bien pourvues socialement et, parallèlement, à la résurgence de la question du « peuple » comme question politique majeure. Les données socio-économiques disponibles révèlent aujourd’hui l’ampleur de l’écart entre les catégories populaires d’un côté et les catégories moyennes et supérieures de l’autre mais, en tant que données statistiques, elles laissent le plus souvent dans l’ombre les conditions d’existence concrètes et les recompositions sociales et culturelles des groupes populaires. De fait, nous ne savons plus désormais comment nommer et décrire ces groupes dont les modes de vie, les pratiques culturelles et les manières de se représenter ont évolué en profondeur. Notre projet entend donc répondre au défi de penser « le populaire » contemporain, avec comme principe d’analyse le refus de l’appréhender par ses seules marges et de l’émietter en autant d’objets spécialisés politique, famille, culture, travail, école, etc.). Notre démarche de recherche présente une double originalité. Elle se concentre d’abord sur un segment des classes populaires aujourd’hui sous-étudié, tant en France qu’en Europe et aux États-Unis. Pour le désigner, nous proposons un terme volontairement imprécis – la recherche réduira cette imprécision –, celui de « classes populaires du milieu ». On distingue fréquemment au sein des classes populaires un « bas » et un « haut », le « bas » désignant les fractions les plus démunies de ressources économiques, d’inscriptions sociales protectrices et de capital culturel, le « haut » désignant les fractions qui, par leur stabilité d’emploi, leur niveau de bien-être et de participation à des pratiques socialement sélectives, sont proches des classes moyennes. Cette distinction, si elle souligne le caractère fortement hiérarchisé de ce groupe social, en masque en revanche un pan central, qui constitue aussi un carrefour des mobilités internes aux classes populaires. En choisissant de nous intéresser aux « classes populaires du milieu », nous prenons ainsi pour objet un ensemble paradoxalement peu étudié par la sociologie alors même qu’il est de plus en plus analysé en science politique comme un monde populaire « répressif », en passe de basculer vers l’extrême droite.

Notre démarche de recherche repose ensuite sur un dispositif d’enquête original articulant 1) des enquêtes de terrain axées sur les recompositions culturelles des mondes ouvriers et employés (loisirs, normes dominantes en matière de couple et d’éducation des enfants, investissement dans l’école et le travail, morale ordinaire, valeurs et pratiques politiques, rapport au local, aux migrations…), 2) un corpus de 50 monographies de ménage produites collectivement et 3) la synthèse d’analyses statistiques, existantes ou réalisées de façon inédite à partir des recensements de la population et enquêtes de l’Insee. Le projet met enfin l’accent sur la combinaison de données nationales et régionales, afin de prendre en compte de façon centrale les disparités territoriales. Ce programme, qui réunit vingt-sept chercheurs spécialistes des classes sociales et du populaire, relevant de générations, de traditions de recherche et d’inscriptions locales différentes, pourra dépasser l’approche monographique qui caractérise l’étude des groupes dominés, en analysant les « classes populaires du milieu » tant rurales qu’urbaines, au « féminin » et au « masculin », au travail et dans le hors travail, dans leurs luttes pour occuper une place respectable au sein d’une société salariale précarisée.

Contact : Olivier Masclet, olivier.masclet@parisdescartes.fr