La quantification du soi

QUANTISELF est un Projet de Recherche Collaborative-Entreprise (PRCE) interdisciplinaire (sociologie, anthropologie, sciences de l’information et de la communication, ergonomie) coordonné par Eric Dagiral du CERLIS et consacré à l’analyse du déploiement des technologies numériques réflexives de quantification de soi ou Quantified Self (QS).

Il a été sélectionné par l’ANR dans le cadre de l’Appel à projets générique 2016 - Sociétés innovantes, intégrantes et adaptatives.

Le Projet de Recherche Collaborative-Entreprise QUANTISELF est donc coordonné par le laboratoire CERLIS de l’université Paris Descartes, est conduit avec Télécom ParisTech et Orange, et est prévu pour se dérouler sur une durée de 36 mois.

À partir d’une étude des usages et de la conception de ces dispositifs adossés à des capteurs toujours plus ajustés aux individus qui mesurent, enregistrent et agencent – souvent de façon automatique – des données relatives aux comportements et aux activités physiques, il a pour objectif d’en comprendre les pratiques réelles et les enjeux sociaux en termes d’appropriation de ces technologies, de régulation « souple » des comportements, et de production des individus ainsi « calculés ». Le QS produit ainsi un sujet encadré par des seuils dont le franchissement devient un événement notable, selon des modalités façonnées par les modes de visualisation et qui en dépendent étroitement. Nous faisons l’hypothèse que ces systèmes produisent une forme d’expérience divisée et particulière du monde dans laquelle les décalages entre l’expérience ordinaire (qu’il s’agisse de mobilité, de consommation ou de santé) et les traces que renvoient les dispositifs questionnent les utilisateurs et les orientent. Les enjeux analysés dans QUANTISELF sont donc tout autant cognitifs que moraux. Afin de prendre acte de la place effectivement occupée par ces dispositifs qui replacent les corps des personnes au centre des existences numériques, l'enquête empirique articulera trois volets afin d'analyser à la fois le mouvement QS et les concepteurs de dispositifs, l'expérience individuelle des usagers et la socialisation de ces expériences au sein des relations interpersonnelles. Pour ce faire, les partenaires articulent une grande enquête qualitative auprès d’utilisateurs (autant de femmes que d’hommes) d’une part et de concepteurs et organisateurs de ce domaine d’autre part avec une enquête quantitative par questionnaire interrogeant les représentations et les usages du QS. L’enquête sur les usages, conduite en deux vagues réalisées à un an d’écart, interroge les usages et leur évolution tant en contexte privé que professionnel, et questionne en particulier l’entrelacement des enjeux de bien-être, d’activités physiques et sportives ou de santé aux différents âges de la vie, afin de tenir compte de leurs enjeux particuliers. À partir des résultats obtenus, une synthèse sur « les enjeux sociaux de la quantification de soi » sera rédigée de façon collaborative par l’ensemble des partenaires du projet. Elle permettra d’apporter un éclairage empirique et théorique original sur les enjeux sociaux à la fois individuels, collectifs et organisationnels du Big Data en rapport avec la multiplication et la généralisation des dispositifs de production des données numériques personnelles en société. Dans cette perspective interdisciplinaire, trois axes seront ainsi privilégiés : 1) l’analyse de l'émergence du mouvement du QS en tant que mouvement socio-politique et technologique original ; 2) appréhender l'expérience individuelle des acteurs : comment agit-on dans un éco-système réflexif dans lequel des données sur l’action plus ou moins en train de se faire sont renvoyées aux acteurs par les dispositifs technologiques ? Et 3) rendre pleinement compte des formes de socialisation de cette expérience et de la place qu'occupe la quantification de soi dans la reconfiguration des relations interpersonnelles et dans la construction du lien social.

 Contact : Eric Dagiral, eric.dagiral@parisdescartes.fr