Après un mémoire en sciences du langage intitulé : La mise en mots de leur « mission » par les prêtres au travail, je mène depuis 2016 une ethnographie dans la région de la Quebrada de Humahuaca, au nord-ouest de l’Argentine. Mon travail de thèse porte sur une pratique chantée appelée canto de coplas, effectuée de manière ritualisée et cyclique, aujourd’hui patrimonialisée. Partant d’une perspective critique, ma recherche tend à montrer quel est l’impact des politiques institutionnelles sur la signification sociale d’une pratique langagière de la vie quotidienne.

Titre provisoire de la thèse :
  • Le chant de coplas: un univers de sens inaccessible ? Sociolinguistique d’une pratique oratoire patrimonialisée du nord-ouest argentin
  • Inscrite en octobre 2017
  • sous la direction de Cécile Canut
Projet de thèse :

Ma thèse questionne les enjeux sociolinguistiques d’une pratique oratoire actuellement patrimonialisée au nord-ouest de l’Argentine : le chant de coplas. En posant la construction du sens comme une question fondamentale à la fois sémiotique, discursive et politique, je tente de voir quels sont les effets de la patrimonialisation sur la signification attribuée à cette pratique et sur son fonctionnement.

En 2003, la Quebrada de Humahuaca a été classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, entraînant non seulement une affluence touristique massive mais également la migration d’une jeunesse citadine venue principalement de Buenos Aires. Depuis, ce sont également les pratiques sociales de ses habitants qui se sont trouvées catégorisées comme « patrimoine culturel immatériel ». Dans ce contexte en mutation où « les personnes de l’extérieur » - ainsi désignées par les autochtones - réinvestissent les pratiques rituelles ou artistiques régionales telles que le Carnaval, les offrandes à la Pachamama ou encore le « folklore andin », le chant de coplas fait exception : malgré sa patrimonialisation et contrairement aux autres pratiques dites « traditionnelles », il semble résister à sa réappropriation par les nouveaux arrivants.

Comment expliquer que malgré une mise en patrimoine généralisée à l’ensemble des pratiques sociales, seul le chant de coplas semble inaccessible aux nouveaux venus ? Qu’est-ce que le caractère « hermétique » de cette pratique langagière nous apprend sur les processus de construction du sens par les acteurs sociaux ? Peut-il s’interpréter comme une résistance à sa marchandisation dans un contexte mondialisé ?

En combinant une approche issue de la linguistic anthropology nord-américaine et de la sociolinguistique critique, je propose une analyse avant tout linguistique d’une pratique dont les enjeux politiques et idéologiques sont systématiquement abordés en termes d’indigénéité, d’authenticité ou de « spécificités culturelles ». Ma thèse vise ainsi à montrer comment la matérialité langagière d’une pratique artistique sert de lieu de négociation des liens sociaux.

 

Thèmes de recherche
  • Patrimonialisation et politiques touristiques
  • Canto de coplas, canto con caja
  • Anthropologie du langage
  • Nord-ouest argentin
  • Expression orale, poétique et musicale