Le 23 octobre 2026 – Soutenance de thèse de Natacha Guay

Soutenance de la thèse en sociologie de Natacha Guay intitulée: « Séduire en dépit du stigmate. L’accès et l’entretien des relations affectives et sexuelles des personnes dites « handicapées moteur » depuis la naissance » le vendredi 23 octobre 2026, à l’Université Paris Cité (campus St-Germain-des-Prés, descendre à la station de métro éponyme) située au 45 rue des Saints-Pères 75 006 PARIS (salle Margaret Maruani, 5e étage), à 14h, devant un jury composé de :  

  • Marie Bergström, Chargée de recherche à l’INED, Examinatrice
  • Pierre Brasseur, Professeur de sociologie, HETS de Genève, Rapporteur
  • Johann Chaulet, Chargé de recherche au CNRS, Université Toulouse Jean Jaurès,  Directeur de thèse
  • Eve Gardien, Maîtresse de conférence, Université Rennes 2, Examinatrice
  • Christophe Giraud, Professeur des Universités, Université Paris Cité, Directeur de thèse
  • Emmanuelle Santelli, Directrice de recherche au CNRS, Université Lyon 2, Rapportrice
  • Myriam Winance, Directrice de recherche à l’INSERM, Université Paris Cité, Examinatrice


La soutenance sera suivie d’un pot dans cette même salle, à partir de 18h. Afin de préparer au mieux ce pot, pourriez vous lui indiquer votre présence en répondant à ce formulaire.

———————

Résumé de la thèse

L’accès aux relations affectives et sexuelles occupe une position marginalisée dans les politiques publiques françaises sur le handicap. En dehors de l’analyse de l’émergence de l’assistance sexuelle aux personnes dites « handicapées », ce sujet demeure peu étudié dans la sphère francophone. Cette recherche part du constat que l’accès aux relations affectives et sexuelles est particulièrement difficile pour les personnes ayant des incapacités, en particulier lorsqu’elles engendrent un besoin en aide humaine. De quelle manière l’expérience du handicap moteur affecte-t-elle l’accès à ces relations ? Comment des personnes ayant une déficience motrice lourde et congénitale accèdent-elles à des relations affectives et sexuelles, et comment les entretiennent-elles une fois établies ?

L’enquête repose sur la réalisation de 62 entretiens biographiques menés entre 2019 et 2022, dont 48 ont été réalisés avec des personnes ayant une déficience motrice depuis la naissance vivant à domicile et 14 avec des conjoint·es valides.

La thèse montre, à partir de l’approche du lifecourse, que l’exclusion durable des relations affectives et sexuelles amène les personnes ayant une déficience motrice à faire des compromis sur les types de partenaires envisagé·es et leurs idéaux relationnels initiaux (« scénario idéal de la première fois » puis idéal du couple monogame, stable et cohabitant). En s’intéressant au vécu de personnes dont les corps sont fortement stigmatisés, la thèse met en évidence la prééminence du capital corporel dans les échanges qui président à la création des relations affectives et sexuelles. Plus précisément, elle montre que, dans l’appariement handi-valide, les unions formées sont hétérogames corporellement et systématiquement hypogames socialement du point de vue de la personne ayant une déficience motrice.

Ensuite, à partir de l’étude de cas de plusieurs couples handi-valides cohabitants, cette recherche détaille avec finesse l’économie conjugale de l’aide humaine. Elle montre que la vie quotidienne et la sexualité conjugale de couples handi-valides ne sont possibles qu’au prix de compromis importants sur des éléments centraux de l’intimité conjugale. Parmi eux, il existe un compromis important effectué par les conjoint·es ayant une déficience motrice sur la réciprocité du contrat conjugal. L’analyse montre ainsi les effets de l’architecture des prestations sociales sur la vie conjugale des couples.

Enfin, par tous les résultats qu’elle apporte, la thèse enrichit les deux principaux débats entamés dans les Disability studies depuis les années 1980 : le débat sur la place occupée par le corps et la déficience (impairment) dans la notion de « handicap », et le débat sur la notion de « dépendance » à autrui. Elle montre comment les configurations d’aide choisies pour gérer la dépendance physique du/de la conjoint·e ayant une déficience motrice interviennent dans la vie conjugale. Ce faisant, elle montre comment les (in)capacités physiques interviennent dans la gestion de la distance émotionnelle entre des conjoint·es. Elle montre également que, dans une activité éminemment corporelle comme la sexualité, le besoin en aide humaine (et la pesanteur logistique qui l’accompagne) ne peut pas être invisibilisé puisqu’elle se déroule pendant le rapport sexuel et non en amont. Il demeure alors un important effet de déficience (impairment effect) dans les couples handi-valides.

Mots clés : handicap, sexualité, couple, relations intimes, séduction, stigmate, aide humaine