Le 12 novembre 2026 – Delphine Serre, jury de thèse de Théo Boulakia

Delphine Serre, rapportrice de la thèse de Théo Boulakia, préparée au Centre Maurice Halbwachs, sous la direction de Florence Weber. Elle s’intitule : « Soin des bêtes et souci de soi. De la fragilisation des exploitations laitières aux expériences familiales de la faillite, de la fatigue et de l’opiniâtreté (Ouest de la France, premier quart du XXIe siècle) ».
La soutenance aura lieu le jeudi 12 novembre, à 14h, à l’École Normale Supérieure, au 29 rue d’Ulm, 75005 Paris, en salle Émile Borel.

Le jury sera composé de :

  • Céline Bessière, Professeure des Universités, Université Paris Dauphine, IRISSO (examinatrice)
  • Sylvain Brunier, Chargé de recherche, CNRS, CSO (examinateur)
  • Marie Ghis Malfilatre, Chargée de recherche, CNRS, PACTE (examinatrice)
  • Pierre Mercklé, Professeur des Universités, Université Grenoble Alpes, PACTE (rapporteur)
  • Delphine Serre, Professeure des Universités, Université Paris Cité, CERLIS (rapportrice)
  • Florence Weber, Professeure des Universités émérite, École Normale Supérieure, CMH (directrice de la thèse)

Pour plus d’informations : theo.boulakia@gmail.com

Résumé de la thèse:

La thèse porte sur des éleveurs de vaches laitières de l’Ouest de la France, exploitant en famille de quelques dizaines à quelques centaines d’hectares et d’animaux. Elle montre comment l’augmentation continue des rendements, la libéralisation des marchés et la compétition pour les terres se traduisent en métamorphoses du travail et en crises biographiques. Elle a donc pour objet à la fois des processus historiques, des trajectoires de vie et l’ordinaire de l’activité d’élevage. Elle s’appuie sur des matériaux ethnographiques et statistiques et sur une bibliographie mêlant sciences sociales de l’économie, de la santé, du travail, du droit, des sciences et des techniques. L’ethnographie a consisté en une observation participante du travail, à la faveur d’hébergements négociés sur les exploitations, et en entretiens biographiques répétés sur plusieurs années. L’analyse statistique porte principalement sur de grandes enquêtes de l’INSEE en population générale (Emploi en continu, Conditions de travail et risques psychosociaux), le Réseau d’information comptable agricole (RICA, éditions 2000 à 2024) et la cohorte Agriculture et Cancer (AGRICAN). La première partie de la thèse s’efforce de démêler l’ensemble des choix politiques, économiques et zootechniques qui ont créé cette configuration singulière où les éleveurs ne touchent aucun bénéfice de l’augmentation continue de la productivité de leur travail, que ce soit en termes de répit ou de revenu. Cette première partie fait une large place aux travaux sur l’histoire de la modernisation agricole, mais n’est pas juste de contexte, puisqu’on y découvre d’emblée des situations quotidiennes de travail et des trajectoires de vie, qui sont les produits de cette histoire. Des données zootechniques et comptables y sont aussi convoquées. La deuxième partie montre de quelles manières le souci de soi s’abîme, dans un contexte où le travail est distribué par le genre et réalisé en famille. Elle traite successivement du rapport au risque (à travers la manipulation des pesticides) et de la fatigue (c’est à dire à la fois de l’épuisement psychique et de l’usure des corps). La troisième partie montre pourquoi et comment des éleveurs continuent en dépit des crises et des difficultés. Elle se nourrit de trois formes combinées d’ethnographie. D’abord, une ethnographie de la longue durée, qui enregistre les possibles non advenus et les espoirs éphémères au même titre que ceux qui se concrétisèrent. Ensuite, une ethnographie polyphonique, qui capte les discordances de perspectives entre membres d’une même maisonnée pour comprendre ce qui en constitue le ciment. Enfin, une ethnographie réfléchie, soucieuse de la réception par les premiers intéressés du dis-cours tenu sur leurs expériences, et attentive à ne pas noyer sous un misérabilisme facile la fierté des gens d’avoir tenu jusqu’au bout, dans un métier qu’ils ont aimé malgré tout.