Le 13 novembre 2026 – Jean-Sébastien Eideliman, jury de la thèse de Diane Béduchaud

Jean-Sébastien Eideliman, jury de la thèse de doctorat en sociologie de Diane Béduchaud, intitulée: « Le sens (précoce) des responsabilités. De la catégorie au travail de care des « jeunes aidant·es », réalisée sous la direction d’Hélène Buisson-Fenet, soutenue le vendredi 13 novembre 2026 à 14 heures dans la salle Léonie Villard, au 4 Bis rue de l’Université 69007 à Lyon.

Le jury sera composé de :

  • Jean-Sébastien EIDELIMAN, Maître de conférences, Université Paris-Cité, examinateur
  • Virginie GIMBERT, Responsable du département recherche et valorisation scientifique de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), invitée
  • Françoise LE BORGNE-UGUEN, Professeure des universités, Université de Bretagne-Occidentale, rapporteure
  • Olivier LIPARI GIRAUD, Directeur de recherche CNRS, Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), examinateur
  • Isabelle MALLON, Professeure des universités, Université Lumière-Lyon 2, examinatrice
  • Louis MATHIOT, Maître de conférences, Université Paris Nanterre, examinateur
  • Virginie VINEL, Professeure des universités, Université de Strasbourg, rapporteure

Résumé de la thèse :

Résumé : Cette thèse analyse l’émergence de la catégorie « jeune aidant·e » et les pratiques familiales qu’elle désigne, en articulant l’étude de la construction d’une catégorie d’action publique et celle des expériences d’aide au temps de la jeunesse. Inscrite en un premier temps dans une perspective de sociologie de l’action publique, des problèmes publics et des transferts, cette recherche se penche d’abord sur les processus de construction, de délimitation et d’appropriation de cette catégorie. De manière complémentaire, elle examine également les pratiques ordinaires que subsume la catégorie des jeunes aidant.es, en les appréhendant comme une forme de travail informel et en les replaçant dans les rapports sociaux et familiaux qui les organisent. Afin d’articuler les deux perspectives, cette enquête sociologique combine plusieurs méthodes : des entretiens semi-directifs auprès de jeunes aidant·es, de leurs parents et de professionnel·les intervenant auprès de ces publics, une analyse d’archives permettant de retracer la genèse de la catégorie en France, l’exploitation d’enquêtes quantitatives, ainsi que des observations de dispositifs d’accompagnement. Les résultats de cette recherche s’organisent autour de deux principaux apports. Premièrement, cette thèse retrace l’émergence récente de cette catégorie en France à partir de l’importation et de la traduction du modèle anglais des young carers. Elle montre que cette catégorie, dont les frontières sont instables, contribue à construire une nouvelle figure de l’aidance à l’intersection de deux régimes d’intervention traditionnellement distingués : celui du soutien aux aidant·es et celui de l’enfance. Cette reconnaissance rend visible une expérience longtemps ignorée, tout en contribuant à déplacer le regard vers les jeunes eux-mêmes en psychologisant et en individualisant des situations dont les déterminants sont également sociaux, familiaux et institutionnels. L’analyse met ainsi en évidence l’ambivalence de cette nouvelle catégorie, qui tend à accompagner les solidarités familiales davantage qu’à transformer les conditions sociales de leur production. Ce faisant, elle montre que son émergence participe d’un mouvement de refamilialisation de l’État social, dans un contexte de rétractation des services publics. Deuxièmement, cette étude montre que les pratiques juvéniles qualifiées d’« aidance » s’inscrivent dans un continuum plus large de travail reproductif familial réalisé par les enfants, dont elles ne peuvent être empiriquement dissociées. Elle met en évidence les régularités et les variations de ces engagements selon l’âge, le genre, les ressources sociales, les configurations familiales et les styles éducatifs, tout en montrant la difficulté à tracer des frontières stables entre participation ordinaire au travail familial et aidance. L’analyse des trajectoires d’engagement à l’entrée dans l’âge adulte révèle également que ces expériences ne se réduisent pas à une opposition entre poursuite et arrêt de l’aide, mais se prolongent souvent sous des formes discontinues de disponibilité, de vigilance ou de soutien familial. Les résultats de cette recherche invitent ainsi à repenser la catégorie des jeunes aidant·es comme une construction sociale et institutionnelle révélant certaines transformations contemporaines de la division familiale du travail et des solidarités familiales.

Mots-clés : jeune aidant·e ; aide aux aidant·es ; care ; travail reproductif ; jeunesse ; enfance