Soutenance de la thèse de science politique de Simon Protar, préparée à l’ENS de Lyon sous la direction de François Buton et Nicolas Sallée et intitulée « Par la force de l’âge. Violences et érotisation de l’enfance » le mardi 29 septembre à 14h à l’ENS de Lyon, dans la salle Condorcet au 1 place de l’École, 69007 Lyon.
Le jury est composé de :
- Léonore LE CAISNE, Directrice de recherche, CNRS – EHESS (Rapporteure)
- Mathieu TRACHMAN, Directeur de recherche, INED (Rapporteur)
- Isabelle CLAIR, Directrice de recherche, CNRS – EHESS (Examinatrice)
- Solenne JOUANNEAU, Professeure des universités, Université Paris Cité (Examinatrice)
- Juliette RENNES, Directrice d’études, EHESS (Examinatrice)
- François BUTON, Directeur de recherche, CNRS – ENS de Lyon (Directeur)
- Nicolas SALLEE, Professeur, Université de Montréal (Co-directeur)
Afin de faciliter l’organisation, si vous souhaitez assister à la soutenance et au pot, merci de remplir ce formulaire: https://framaforms.org/soutenance-de-these-simon-protar-1788770616
Résumé :
En s’intéressant aux parcours de vie des auteurs de violences sexuelles sur mineur·es et des personnes déclarant une attirance sexuelle pour les mineur·es ainsi qu’aux dispositifs judiciaires, associatifs ou communautaires qui les prennent en charge, cette thèse entend proposer une lecture sociologique et critique de la pédophilie et de la pédocriminalité, jusqu’à présent fortement marquées par une approche psychopathologique. Le parti pris de la thèse est de construire un objet qui réunisse des auteurs de violences sexuelles sur mineur·es (des pédocriminels) et des hommes qui se déclarent sexuellement attirés par les enfants (des pédophiles). En se distanciant des usages de sens commun du mot « pédophile » autant que du cadrage criminologique des crimes sexuels, il est possible de construire un objet cohérent (sans être uniforme) : un groupe d’hommes, adultes, étiquetés comme déviants du fait d’une transgression des normes d’âge qui régissent la sexualité.
L’enquête menée entre 2020 et 2023 s’est intéressée conjointement à des individus condamnés pour des infraction à caractère sexuelles sur mineur et à une communauté de « pédophiles abstinents ». Elle a permis de rencontrer une cinquantaine d’hommes, d’abord au sein d’un forum en ligne, puis dans trois institutions jalonnant généralement le parcours pénal des condamnés pour violences sexuelles sur mineur·es : une maison d’arrêt, un centre de détention et un service de suivi en milieu ouvert.
La première partie de ma thèse analyse le travail d’actualisation de la catégorie de pédophile : comment celle-ci est définie, comprise, traduite puis administrée aux publics pris en charge, comment ceux-ci se trouvent en retour façonnés par elle. Dans des dispositifs qui cherchent à transformer des individus, comment s’opèrent en pratique les processus d’assujettissement et de subjectivation ? Comment devient-on ou refuse-t-on de devenir un pédophile ? Après avoir démêlé les usages pratiques, les effets et les nuances de la pédophilie, la deuxième partie en propose une reproblématisation, qui l’envisage non comme la manifestation de l’anormalité de certaines formes de sexualité, mais l’inscrit au contraire dans les rapports de domination structurant les rapports entre adultes et enfants. L’analyse met en évidence que la domination adulte constitue une condition (matérielle et symbolique) de possibilité des violences sexuelles sur les mineur·es et de l’érotisation de l’enfance.
Mots-clefs : pédophilie ; violences sexuelles ; déviance ; domination adulte ; rapports d’âge; traitement pénal.
