
La soutenance de la thèse de Simha Bitton intitulée « Négocier ses relations affectives et sexuelles en foyer. La vie privée des jeunes à l’épreuve du placement », réalisée sous la direction de Christophe Giraud (Cerlis) et Pierrine Robin (Lirtes) aura lieu le jeudi 12 novembre 2026 à 14 h dans la salle des thèses (ou salle Margaret Maruani) de l’université Paris Cité, située au 45 rue des Saints-Pères, 75006 Paris.
Le jury est composé de :
- AMSELLEM-MAINGUY, Yaëlle, Chargée de recherche, Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), Examinatrice.
- FRECHON, Isabelle, Chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Université Paris-Saclay, Examinatrice.
- GIRAUD, Christophe, Professeur des Universités en Sociologie, Université Paris Cité, Directeur de thèse.
- LEMERCIER, Élise, Professeure des Universités en Sociologie, Université de Rouen, Rapporteuse.
- ROBIN, Pierrine, Professeure des Universités en Sociologie, Université Paris-Est Créteil, Co-Directrice de thèse.
- SÉRAPHIN, Gilles, Professeur des Universités en Sciences de l’éducation et de la formation, Université Paris-Nanterre, Examinateur.
- STETTINGER, Vanessa, Professeure des Universités en Sociologie, Université de Caen, Rapporteuse
Résumé :
Comment se négocie la vie privée en milieu institutionnel ? Cette thèse explore cette question à travers l’étude des relations affectives et sexuelles des jeunes accueillis en foyer, dit maison d’enfants à caractère social (MECS). Depuis la loi de 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale, les droits fondamentaux des personnes accueillies dans une institution leur sont reconnus, notamment le droit à la vie privée et à l’intimité. Pourtant, le quotidien des jeunes confiés étant encadré par un ensemble de règles et de procédures institutionnelles, l’accès à ces relations peut se trouver contraint. Dans ce contexte collectif, il s’agit d’analyser les effets de l’encadrement institutionnel sur l’expérience relationnelle des jeunes. Cet encadrement est produit par les procédures juridiques et administratives, par les règles, par la configuration des espaces, par les spécificités en matière de mixité, ou encore par les professionnels et les pairs. Les résultats sont issus d’une enquête ethnographique menée entre 2022 et 2024 au sein de deux foyers de l’Aide
sociale à l’enfance (ASE). Elle repose sur des observations prolongées, sur des entretiens avec des jeunes et des professionnels de la protection de l’enfance, ainsi que sur l’analyse de documents institutionnels. Les résultats montrent comment l’encadrement, qui vise principalement à protéger les jeunes, participe aussi à restreindre leur liberté relationnelle. Il s’accompagne d’une bureaucratisation de la vie privée qui vient contraindre les conditions mêmes d’accès à ces relations, contribuant à des formes d’isolement social, voire à la disqualification de certaines expériences relationnelles.
Pour faire face à l’encadrement institutionnel dont ils font l’objet, les jeunes développent des stratégies d’adaptation relationnelle qualifiées dans la thèse – à découvert, à couvert, à l’arrêt – pour accéder à leurs relations et affirmer leur autonomie. Ils mobilisent parfois l’aide des professionnels, investissent les réseaux sociaux, contournent certaines règles, ont recours à la fugue. Ces stratégies révèlent une forme « d’agentivité relationnelle » (Esser et al., 2016) qui témoigne de la capacité des jeunes à négocier, dans les marges de l’institution et des relations nouées avec les professionnels, les conditions d’accès à leur vie privée. Les jeunes doivent en effet apprendre à naviguer entre ce que l’institution autorise, les opportunités de rencontres et leurs propres envies relationnelles. Ces stratégies traduisent néanmoins, en creux, une vulnérabilité inhérente à la mesure de placement, où l’expérience relationnelle des jeunes demeure soumise à des procédures qui conditionnent l’accès à leur vie privée. La thèse montre également comment le dispositif de protection de l’enfance, en réduisant la notion d’autonomie à ses dimensions économiques, tend à occulter sa dimension relationnelle – soit la capacité à construire, entretenir et négocier des liens affectifs stables et choisis –, fragilisant ainsi la formation de « liens électifs » pourtant constitutifs du lien social (Paugam, 2012). C’est souvent à la sortie de l’institution que cette fragilité se révèle, au moment précis où les jeunes, privés du filet de sécurité de l’institution, doivent s’appuyer sur des liens que le placement n’a pas toujours permis de construire. Cette thèse montre ainsi les difficultés qui traversent le dispositif de protection de l’enfance. Les logiques de protection s’accompagnent de logiques de contrôle, et ces dernières contribuent paradoxalement à produire de nouvelles formes de vulnérabilité que le dispositif vise précisément à combattre.
Mots-clés : vie privée – protection de l’enfance – encadrement institutionnel – relations affectives et sexuelles – foyer collectif – autonomie
Contact: simhajbitton@gmail.com
