Grangeat Aude

Doctorat en sciences du langage, Université Paris Cité

E-mail : aude.grangeat@etu.u-paris.fr

Après une licence et un master en sciences du langage à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, j’ai fait un master Signes Discours et Société à l’Université Paris Cité. A partir de l’observation des pratiques langagières autour de moi dans les milieux LGBT+, j’ai construit un questionnement sur plusieurs années qui amène des considérations non pas sur le genre, mais sur le langage et le signe en tant que concepts, construits et modélisations, instanciés et actualisés dans l’interaction. Je travaille également sur des questions de désinstitutionnalisation de la production des savoirs, dans le cadre de mon activité scientifique et de mon activité militante.

Titre provisoire de la thèse 

Langage et signification dans l’Occident : historicisation des idées linguistiques dans une perspective matérialiste.

  • Inscription en octobre 2025
  • Sous la direction de Cécile Canut, Université Paris Cité
Résumé de thèse 

Le « langage », dans sa conception décontextualisée, comme opérant sur un plan d’existence autonome, est un construit historique européen. C’est l’une des thèses soutenues par les linguistes états-uniens Bauman et Briggs dans leur ouvrage de 2003, où ils montrent comment la conceptualisation du sens comme principalement univoque et dénotatif est reliée à la conceptualisation du langage comme un objet défini, et comment ces conceptions ont influencé la construction de nos sociétés modernes (Bauman & Briggs, 2003, voir aussi Heller & McElhinny, 2017). Quelques années plus tard, les linguistes Makoni et Pennycook montrent comment la discrétisation et l’essentialisation de pratiques langagières en langues-objets comptables, notamment dans le cadre des diverses entreprises coloniales européennes, ont fondé l’imposition d’un certain modèle de la langue par les Européens sur les territoires et populations colonisés (Makoni et Pennycook, 2006). Canut tire la même conclusion de son travail en Afrique de l’Ouest (Canut, 2007) et utilise le terme d’« ordre-de-la-langue » pour désigner à la fois les diverses opérations de grammatisation et de standardisation des langues, puis leur hiérarchisation, et la conception du langage et des langues sur laquelle reposent ces opérations (Canut, 2021 : 17). Enfin, Auroux, en 2013, soutient que le paysage linguistique français actuel est issu de l’imposition d’une certaine conception de la langue, laquelle est un construit historique. Il propose une mise en perspective de la manière dont une certaine conception de la « langue » a été façonnée puis généralisée par différents acteurs, au travers des grammaires, des dictionnaires et d’institutions publiques comme l’école et l’administration, et ce, par des opérations combinées de standardisation et de grammatisation, qui ont mené à l’élaboration de l’« artefact » (Auroux, 2013 : 27) linguistique disputé que constitue le français standard.

Cette conception du langage historiquement située, ce modèle de la langue comme artefact, cet « ordre-de-la-langue », a une influence sur les pratiques langagières, et ces dernières ont également un impact sur celui-ci, pouvant le reconduire ou le remettre en question. Silverstein argue même que les pratiques langagières constituent, par réflexivité, les rationalisations des pratiques langagières, et donc du langage (Silverstein, 2022). Parmi les travaux déjà cités, Bauman & Briggs suggèrent les performances artistiques à visée politique comme exemple possible de pratiques langagières qui remettent en question ce modèle de l’artefact, en constituant un acte langagier dont la réussite ne repose pas sur le langage dans son fonctionnement dénotatif. Canut, de son côté, propose les hétérogénéités linguistiques assumées dans le rap comme une avenue possible par laquelle une certaine émancipation du cadrage de l’ordre-de-la-langue peut être obtenue, car ce dernier dévalorise la diversité linguistique au sein d’un même groupe social. De son côté, Julie Abbou relève une ambivalence entre subversion et reproduction du modèle linguistique de l’artefact, dans l’étude de différentes pratiques féministes du langage (c’est-à-dire remettant en cause le masculin générique et la binarité linguistique du genre). Elle distingue les pratiques d’inclusivité ou de neutralisation de genre qui reconduisent une conception de la langue comme devant reposer sur une norme des pratiques qui défient ce besoin de normativité, seules ces dernières remettant en question une conception de la langue comme étant un « artefact » à revendiquer et à maintenir (Abbou, 2022).

Dans la filiation du concept d’« ordre-de-la-langue » (Canut, 2021), de celui de la langue comme « artefact » (Auroux, 2013), et en appui sur les travaux cités, je propose d’observer, au travers de trois cas d’étude, comment, via certaines mises en tension entre pratique et métapragmatique, ce « modèle de l’artefact » peut être soit reconduit, soit remis en question. C’est-à-dire, selon le courant silversteinien qui considère le langagier comme un fait social et la sémiose comme une fulgurance situationnelle, comment certaines combinaisons de « contextes » et de « textes » (ces derniers entendus comme la dimension dénotative d’un énoncé en interaction) constituent une remise en question de ce « modèle de l’artefact » ; non pas seulement des énoncés (même remis dans leur contexte), mais des actes sémiotiquement réalisés dans, et dépendants de, l’interaction. Il s’agit d’identifier des « types de combinaisons » texte-contexte qui donnent lieu à une remise en question et ceux qui reconduisent le modèle de l’artefact. Les trois cas d’étude pour l’instant envisagés sont les pratiques d’autodétermination LGBT+, les tentatives de revitalisation linguistique et les actes de performance politique lors d’événements scientifiques.

Thèmes de recherche
  • Interaction, indexicalité, univocité et équivocité
  • Idéologies linguistiques, planification linguistique
  • Histoire des idées linguistiques, épistémologie
  • Autodétermination LGBT+
Formation
  • Licence Sciences du langage, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
  • Master Sciences du langage, parcours Sociolinguistique, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
  • Master Signes, discours et société, Université Paris Cité