Mes recherches portent sur la rencontre entre des manières d'habiter le Bas-Maroni, fleuve coulant entre la Guyane française et le Surinam, et des politiques urbaines post-coloniales mises en place sur la rive française. Saint-Laurent-du-Maroni est non seulement mon terrain de thèse, mais aussi un lieu où j'aime passer du temps, depuis 2009. J’ai participé au projet muséal du CIAP Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine de la ville

Thèmes de recherche
  • Frontières et usages des territoires
  • Politiques urbaines (habitat « insalubre », logement social)
  • Rapports des gouvernés à l’Etat
  • Situations postcoloniales
  • Ethnicité et racialisation
  • Parenté pratique et modes d’habiter
Titre de thèse

"Osu", "baraques" et "batiman": Redessiner les frontières de l’urbain à Soolan (Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane)

soutenue le 8 juin 2017

Résumé de thèse

Cette thèse porte sur la rencontre entre des politiques urbaines françaises et des modes d’habiter l’Amazonie à Soolan (ou Saint-Laurent-du-Maroni), à la frontière avec le Surinam. Les habitants des classes populaires sont confrontés à des normes d’urbanité concrétisées par les démolitions de « bidonvilles » et la construction de logements sociaux. Il s’agit d’analyser les interactions entre les acteurs en jeu dans cette situation postcoloniale impliquant habitants, élus communaux et professionnels de la ville, dans un contexte d’Outre-mer aux hiérarchies sociales croisant classe, nation, et race. Alliant une perspective historique et ethnographique, ce travail analyse les rapports d’habitants originaires de l’amont du Maroni aux administrations et à leurs agents. Ces derniers sont racialisés par le terme bakaa, qui renvoie à une blancheur postcoloniale spécifique, par opposition à une identification renouvelée en tant que « personnes des pays de la forêt » (bushikondesama) – appartenance héritée du passé du marronnage des plantations surinamaises. Mises en lumière par l’ethnographie réalisée à leurs côtés, les démarches quotidiennes des habitants témoignent de leur progressive socialisation institutionnelle, tandis que certains agents des administrations adaptent les politiques publiques et les procédures administratives aux pratiques d’une population racialisée comme « Bushinenguée ».

L’analyse passe du logement, catégorie de l’action publique, aux maisons, espaces vécus inscrits dans des configurations de parenté, des mobilités et des modes d’habiter de part et d’autre du Maroni. Les maisons sont appropriées par les habitants de manière dialectique : tout en se conformant à des normes d’urbanité bakaa matérialisées par les logements sociaux, et sanctionnées par les bailleurs, les habitants transforment la ville par leurs modes d’habiter, et font un usage stratégique de ressources issues de la maîtrise du territoire transfrontalier. Ces pratiques de l'espace ont des effets tant sur les modes d’habiter que sur les politiques urbaines. Les interactions asymétriques entre habitants et professionnels de la ville concrétisent leurs différences, constamment réitérées, dans les formes urbaines d’une ville ségréguée. Elles redéfinissent donc en permanence les frontières des personnes, des maisons, et des lieux.

Principales publications

Articles

  • 2016 : Des marches pour un logement. Demandeuses bushinenguées et administrations bakaa., in Politix, n°16, 2016/4.
  • 2018 : « La blancheur bakaa, une majorité bien spécifique : race, classe et ethnicité dans les situations de démolition à Saint-Laurent-du-Maroni, Guyane », Asylon(s).Digitales 15, février 2018.

Recension

  • 2016 : Penser les catégorisations sociales à l’aide de la linguistique interactionnelle, A propos de MIGGE Bettina, LEGLISE Isabelle, Exploring Language in a Multilingual Context: Variation, Interaction and Ideology in Language Documentation, Cambridge University Press, New York, 2013, in Genèses, n° 102, 2016, p. 145-150.

Chapitres d'ouvrage

  • 2016 : From Primitives to Refugees: French Guianese Categorizations of Maroons in the Aftermath of Surinamese Civil War, in Maurits S. Hassankhan et al (ed.), Legacy of Slavery and Indentured Labour: Historical and Contemporary Issues in Suriname and the Caribbean, Dehli, Manohar, 2016, pp. 213-230.
  • 2014 : Adapter le logement social à la « culture » des habitants en Outre-Mer. La résorption de l’habitat insalubre appliquée aux marrons de Saint-Laurent-du-Maroni (La Charbonnière, 1985), in Fatiha Belmessous, Loïc Bonneval, Lydia Coudroy de Lille, Nathalie Ortar (dir.), Logement et politique(s). Un couple encore d'actualité ?, Paris, L'Harmattan, coll. « Habitat et sociétés », 2014, pp.179-198.

Ouvrage

  • 2013 : Saint-Laurent-du-Maroni, Une porte sur le fleuve, Ibis Rouge, Matoury, 2013, 199 p.

Rapport

  • 2014 : Politiques urbaines et recompositions identitaires en contexte postcolonial : les marrons à Saint-Laurent du Maroni (1975-2012). Rapport de recherche, Ministère de la Culture et de la Communication, Direction Générale des Patrimoines, Département du pilotage de la recherche, Allocations de formation et de recherche en ethnologie de la France 2012-13, Février 2014.

Interview

2017 : Redessiner les frontières de l’urbain en Guyane, in Urbanités, par Léo Kloeckner et Charlotte Ruggeri, on http://www.revue-urbanites.fr/entretien-redessiner-les-frontieres-de-lurbain-en-guyane/, mis en ligne le 1er juin 2017.

 

Pour en savoir plus

CV de Clémence Léobal

 

 

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